ECRITS

Patrick GROSPERRIN

PSYCHOLOGUE CLINICIEN - PSYCHOTHERAPEUTE - SUPERVISEUR REGULATEUR SOCIOLOGUE - CONSULTANT FORMATEUR

Les thèmes abordés :

 

- l'enfant troublé (voir page Pourquoi consulter)

- rencontre de la souffrance de l'autre, étrange(r) (voir page Conférences)

- les écrits du psy

- l'univers de l'intime : étrange, mystérieux et irrésistible

- les voies de l'insatisfaction : la mort et le bûcheron (Jean de LA FONTAINE)

- intervention psychologique dans une Communauté de Communes

- Précocité et surdouance

- A propos des peurs

 

LES ECRITS DU "PSY"

 

 

 

 

La profession de psychologue donne souvent l’occasion d’exposer oralement les résultats et interprétations des examens cliniques entrepris sur demande. Les exposés s’appuient sur des bilans rédigés qui représentent la mémoire du travail effectué. Toutefois ces écrits entrent dans un cadre protégé où la confidentialité est une garantie à l’égard des personnes examinées. Les écrits sont structurés selon l’agencement de trois axes de rédaction qui restituent le sens de la démarche déployée. Ces axes sont les constituants d’un profil psychologique global.

La psychologie d’un être humain se perçoit dès le premier contact. Le comportement, l’échange verbal, le mode de relation qui s’établissent, évoluent, s’achèvent, sont sur le devant de la scène. C’est le champ des observations cliniques empiriques. Ces constats définissent à la fois les possibilités d’entrer dans des explorations psychologiques standardisées et d'établir la qualité actuelle de la socialisation. Ils fournissent aussi de précieuses indications sur les aspects saillants du profil psychologique. Cet aspect de la personne est le profil psychologique manifeste.

Le second champ exploré est celui des moyens psychologiques dont dispose la personne. Soumise à des épreuves étalonnées, les capacités de la personne sont situées en fonction des normes statistiques normalisées. L’homogénéité ou l’hétérogénéité des capacités et la comparaison de l’efficience de chaque capacité vis à vis d’une norme moyenne, permettent de repérer les équilibres ou déséquilibres du fonctionnement mental. Cet aspect est le profil psychologique instrumental de la personne ou les capacités quand elles se déploient dans la réalité, sont les moyens dont dispose la personne pour s’adapter.

Le troisième champ analysé est celui de la dynamique psychoaffective inconsciente. Chaque personne ressent les situations vécues. Cette façon particulière de ressentir, de s’émotionner varie dans la diversité, l’intensité, la labilité d’une personne à l’autre. Il est possible de se faire une idée de cette structure dynamique affective inconsciente. Des exercices sont proposés, dans lesquels il n’y a ni bonne, ni mauvaise réponse. Celles-ci sont inspirées par l’imaginaire qui est lui-même influencé par des charges affectives. Le jeu des natures, intensité, variabilité, modification des affects constitue la dynamique de ces derniers. La structure se dégage des tendances affectives qui s’articulent selon certains agencements répétitifs. Cet aspect est le profil psychologique primaire ou profil psychoaffectif qui caractérise la manière de se ressentir et de ressentir les autres et l’univers qui nous entoure.

La globalité du profil s’établit quand les trois composants du profil sont reliés. Ce profil psychologique global est lui-même un instantané de l’évolution de la vie psychologique d’une personne. Mais ce profil n’explique en rien et ne permet pas d’accéder aux étapes de la structuration de la vie mentale. Il ne fait qu’en établir une résultante à un moment donné.

Rendre compréhensible et lisible les particularités et singularités psychologiques d’une personne, met seulement en valeur tout à la fois ce qui la différentie, et ce qui la rend commune aux autres personnes.

Mais la production d’écrits psychologiques est une élaboration extérieure à la personne. D’autant que les examens psychologiques se polarisent principalement sur celles dont les problématiques demandent un éclairage. Dans ces conditions, l’être humain ordinaire ne suscite guère plus de curiosité que pour ses proches.

Mais toute cette démarche psychologique qui vise à connaître une personne, et aussi complète soit-elle, est somme toute insuffisante dans la mesure où elle ne permet pas à la personne de se décrire. Cette raison amène à développer une démarche d’analyse dans laquelle la personne désirant le faire, se met en situation d’analyse de ses modes de fonctionnement, charge à elle, ensuite, d’une décrire ce qu’elle souhaite communiquer.

Cette démarche est beaucoup plus longue qu’un examen psychologique. Elle ne peut toutefois se faire seule. La dynamique mentale met en œuvre des moyens de protection contre l’envahissement mental. Elle lutte pour permettre à l’état conscient d’être disponible aux perceptions qui renseignent sur la réalité extérieure. Si l’envahissement est trop intensif, la dynamique mentale se coupe des perceptions. C’est l’état mental tourné vers l’intérieur qui prend toute la place. Les réactions de la personne ne correspondent plus aux stimulations extérieures. Cet état mental intérieur peut se prolonger et signer des troubles d’adaptation. Mais tout ce fonctionnement est pour l’essentiel inconscient. Parvenir à la connaître par soi-même, nécessite de l’actualiser dans une situation sans autre enjeu.

C’est l’expérience d’analyse psychique qui ne suppose pas nécessairement un état pathologique avéré ou d’avoir comme objectif une guérison. Mais l’expérience d’analyse vise à être au plus près de soi-même et d’être en pleine possession du sens de ses actes et de ses désirs.

 

 

 

L’UNIVERS DE L’INTIME : ETRANGE, MYSTERIEUX ET IRRESISTIBLE

 

 

Au plus intime de soi, existe l’univers originel, celui qui est le fondement de la vie mentale. Cet univers intime originel est constitué de l’essentiel de l’être humain. Il est cette réalité intérieure qui est très personnelle. Il est la source d’excitations qui met en mouvement la vie psychique. Il manifeste son activité en émettant un flux d’énergie qui fonctionne dans un triple signal :

- A travers le corps dans les élancements qu’il produit,

- Au travers de la sensibilité dans le ressenti qu’il procure,

- Au travers de la mémoire dans la trace qu’il imprime.

C’est l’état du nourrisson qui vient de naître

Ces signaux sont émis pour appeler et ouvrir la voie d’apaisement et de satisfaction. Au tout début de l’existence quand les signaux sont émis, un décodage est nécessaire, car le nourrisson est dans l’incapacité de se satisfaire par lui-même. C’est l’immaturité originelle du petit de l’être humain. Les signaux, et le décodage qui y est fait, chargé d’amener les satisfactions ou non, constitue le langage de cette intimité inconsciente. Il se structure de manière très personnelle, de façon unique. La structure se construit de liaisons entre les ressentis, les élancements corporels, les traces mnésiques, les décodages qui y sont faits dans les réponses apportées selon qu’elles créent des registres agréables ou non, apaisants ou frustrants. L’intime inconscient et le langage qui l’exprime se structurent mutuellement.

Certaines voies de liaison et d’écoulement des élancements resteront plus facilement ouvertes si elles conduisent à des sensations plaisantes et apaisantes. D’autres, soumises aux sensations pénibles d’insatisfaction se renforcent jusqu’à l’épuisement des signaux qui les éteignent. C’est le versant agressif, destructeur de l’intime qui s’édifie ainsi.

Dans les premiers temps de la vie, les trois chapitres d’émission de cette intimité sont complètement et totalement engagés. C’est l’ensemble du corps qui est en mouvement, c’est la totalité des impressions qui est activée, c’est toute l’étendue des imprégnations mémorielles qui est marquée. Le langage de l’intime est total. Au fur et à mesure de l’évolution de cette structure première de l’intime, les signaux vont s’affiner, se différentier, et se localiser, mais toujours sous l’influence du décodage qui, lui, va être sollicité de manière plus pertinente et ajustée.

Toute personne qui souhaite bien se connaître, cherche à rendre conscient et comprendre si possible à l’aide des mots, cette intimité première et son langage. Ce fondement de la vie mentale est toujours agissant, mais il se manifeste de manière totalement étrange, surprenante. Au réveil, par exemple, des bouts de rêve flottent encore dans l’esprit. Ils se présentent comme un puzzle à la fois bizarre et invraisemblable. Pourtant, le rêve appartient bien au dormeur. Le fait de rêver et le contenu du rêve sont une véritable intrigue, d’autant que des sensations corporelles accompagnent le rêve, comme si quelque chose de réel avait eu lieu. Mais pour accéder au sens du rêve, il faut s’approprier le code du langage de l’intime inconscient. Et ce code, qui est unique, a été fabriqué par le dormeur, à une époque où il n’avait aucune conscience de sa mise en place.

Mais à cette étrangeté de l’être intime, s’ajoute la dimension de mystère. Pour exemple, une femme envoie une lettre de réclamation à son employeur. Quelques jours plus tard, elle reçoit une lettre de son employeur dans sa boîte avec son nom et son adresse, mais de la même écriture que la sienne ! Sa première réaction est d’imaginer que l’employeur a imité son écriture pour lui retourner le courrier. Mais en réalité elle avait écrit son propre nom et son adresse sur l’enveloppe à la place des coordonnées de son employeur. Quel chemin intérieur avait emprunté son mécontentement pour la faire agir ainsi ? Quelque chose lui était dit, dans le langage de son intimité inconsciente, mais sous une apparence totalement mystérieuse ! Elle sentait que son action contenait un sens caché mais que la compréhension était difficile d’accès.

L’être humain constate un décalage, parfois considérable souvent même contraire, au regard de ses intentions premières, entre ses souhaits et leurs réalisations. Le décalage ne s’explique pas, par des entraves mises en place par des personnes mal intentionnées. Les raisons de ce décalage résident à l’intérieur de lui-même. Comment déchiffrer le sens où l’emmènent ses actes, ses pensées, ses ressentis, quand ce n’est pas ce qu’il souhaite.

Par exemple, cette femme, désespérée, ne comprend pas pourquoi elle se sent toujours attirée par des hommes alcooliques, maltraitants, alors qu’elle s’est déjà séparée trois fois pour ces raisons-là. Ou bien encore ce couple, qui s’est constitué récemment mais qui s’épuise en de multiples interrogations qui restent sans réponse. Le lien finit par se rompre, sans que ce soit le désir de chacun, mais la souffrance dissipait tout plaisir à être ensemble.

L’intime profond n’est pas seulement étrange et mystérieux. Il comprend cet aspect particulier qui pousse à agir de manière incompréhensible. Il est comme un moteur irrésistible, qui est très difficile à arrêter. Il ne peut pas vraiment être soumis pleinement au contrôle de la volonté. Les aspirations, même si elles sont en conscience, vont se réaliser, aussi surprenantes soient elles. A l’exemple de cet homme, qui, après avoir fermé les portes de sa voiture, a besoin d’y revenir à plusieurs reprises, ou cet autre homme qui se ruine dans la passion du jeu mais ne peut s’empêcher de le faire, ou cette femme qui lave plusieurs fois par jour, le même linge.

Cette intimité étrange, irrésistible, qui ne cesse de se manifester, comment la comprendre ? Comment s’approprier le code qui permettrait de rendre lisible le sens des satisfactions recherchées, mais sens qui reste masqué et incompréhensible ?

Aussi curieux que cela puisse paraître, c’est dans l’acte de vouloir se comprendre, mais en adressant ce souhait sous forme d’une demande à un autre que soi-même qu’il devient possible d’accéder à son code personnel et unique. Ceci afin de se recentrer au plus près de son être intime, de se le dévoiler et de se le concilier.

Le désir de savoir consiste dans une démarche d’analyse durant des moments réservés à cet effet, à croiser trois lignées d’évènements :

- La première lignée est celle des évènements passés. Tous les évènements passés qui reviennent à l’esprit.

-La seconde lignée est celle du quotidien et de l’actuel, et son cortège d’évènements qui engagent tout à la fois les pensées, les actions, les ressentis, dans des tendances en particulier déroutantes ou pénibles

-La troisième lignée est celle des évènements en relation avec et dans les séances de rencontre et d’analyse.

Du croisement de ces lignées, vont progressivement se révéler les tendances de l’intime, les voies de satisfaction et d’insatisfaction, qui se sont structurées au sein de cet intime, ainsi que le code des signaux corporels, mnésiques, affectifs qui les représentent.

Cette appropriation du décodage se fait dans le mouvement d’analyse qui est en réalité un dialogue portant sur deux langages d’époques différentes : l’être humain devient l’interprète de cette époque préhistorique de son être. Il serait toutefois plus judicieux d’évoquer une époque pré parole plutôt que préhistorique, c’est-à-dire une époque où il ne pouvait pas parler dans le langage actuel et commun de sa culture.

Le travail d’interprétation quant à lui va également être une appropriation personnelle afin de s’émanciper de la tutelle d’un interprète autre que lui-même.

 

LES VOIES DE L'INSATISFACTION : LA MORT ET LE BUCHERON

 

La Mort et le Bûcheron

 

Un pauvre bûcheron tout couvert de ramée,

Sous le faix du fagot aussi bien que des ans

Gémissant et courbé marchait à pas pesants,

Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée.

Enfin, n’en pouvant plus d’effort et de douleur,

Il met bas son fagot, il songe à son malheur.

Quel plaisir a-t-il eu depuis qu’il est au monde ?

En est-il plus pauvre en la machine ronde ?

Point de pain quelquefois, et jamais de repos.

Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts,

Le créancier, et la corvée

Lui dont d’un malheureux la peinture achevée.

Il appelle la mort, elle vient sans tarder,

Lui demande ce qu’il faut faire

C’est, dit-il, afin de m’aider

A recharger ce bois : tu ne tarderas guère.

Le trépas vient tout guérir ;

Mais ne bougeons d’où nous sommes.

Plutôt souffrir que mourir,

C’est la devise des hommes.

 

Jean de LA FONTAINE

 

 

Si les voies de satisfaction sont celles qui conduisent à l’accomplissement des désirs ou des souhaits, les voies d’insatisfaction sont celles qui se heurtent à des obstacles tant intérieurs qu’extérieurs à soi et ne permettent pas de ressentir du plaisir ou de l’apaisement. Les ressentis sont alors d’une autre nature. Les obstacles sont pour l’essentiel des entraves rencontrées dans la vie mentale, ou des complications et des contraintes insurmontables dans le monde de la réalité.

L’insatisfaction ainsi produite génère des ressentis pénibles qui vont des malaises déstabilisants pour aboutir aux désirs d’agression et de destruction les plus extrêmes, en passant par la frustration, la colère, la souffrance, le désespoir, etc…

Jean de la Fontaine expose dans la fable « la mort et le bûcheron » un exemple des voies d’insatisfaction. Elles représentent les conditions de contrariété et de déplaisir permanent en relation avec un mode de vie difficile. Le bucheron travaille sans ménager ni sa peine ni son courage pour faire face à ses obligations familiales, financières, sociales. Mais le désespoir le gagne car il ne perçoit plus dans ce qu’il fait les perspectives d’amélioration ou de changement de sa condition de misère. Entre résignation et désespoir, il choisit la voie ultime de la désolation celle qui façonne le désir d’autodestruction. « Il appelle la mort, elle vient sans tarder ». La mort signifie effectivement un changement radical. Elle est un changement ou tout s’achève de manière définitive et irréversible. « Plutôt souffrir que mourir » vient ponctuer que la mort n’est pas une solution en soi pour résoudre les difficultés à vivre. Mais les souffrances issues des insatisfactions poussent vers le désespoir. Le désir de détruire (autodestruction ou agression violente pour détruire) vise l’élimination de ce qui est insupportable.

Jean de la Fontaine propose « ne bougeons pas d’où nous sommes ». Il est un écrivain appartenant à l’aristocratie. Pour mettre en scène la souffrance humaine, liée à la misère, il n’a pas recours au procédé qui consiste à personnifier et à représenter les tendances humaines par des animaux. « La mort et le bucheron » est une de ses fables ou un être humain est mis en scène. Est-ce dû au fait que la vie de ce bucheron et peu différente des bêtes de somme ? Mais les désespérés peuvent « appeler la mort » où les voies d’insatisfaction peuvent aboutir à causer des destructions collectives. Pour exemple, on peut citer la révolution de 1789 ou les malheureux provoquent la guerre civile qui se prolonge par le règne politique de la terreur. Dans ce contexte, plus d’un aristocrate y perdra la tête sous une toute nouvelle invention qu’est la guillotine.

Les voies d’insatisfaction confectionnent l’agressivité. Elles poussent à agir avec force et violence pour éliminer ce qui fait obstacle ou ce qui est menaçant. Cette agressivité en tant que résultante des insatisfactions n’apporte pas pour autant l’apaisement. Elle augmente la gamme des expériences déplaisantes dans l’anéantissement pur et simple de toutes possibilités de satisfaction et d’insatisfaction. L’agressivité dans ses finalités destructrices met à mal les relations, provoque des ruptures, génère des nuisances. D’une manière générale, elle n’offre pas la possibilité de faire émerger de nouvelles voies de satisfaction. Elle appauvrit l’univers intérieur et le monde extérieur. Mais, si elle cherche à supprimer les obstacles et les contrariétés, elle ne fait pas disparaitre le malaise. Dans l’agressivité, le malaise prend une nouvelle forme qui est celle de la culpabilité. Agressivité et culpabilité vont se répondre pour alimenter des tourments qui épuisent tout élan vital. Les tentatives de réparation des dommages causés n’éliminent pas l’agressivité.

Comment se dégager de ses tendances agressives afin de ne plus y être soumis ? Comment s’extraire de ses tendances destructrices afin de ne plus y avoir recours comme solution à des difficultés ? Dans un premier temps, il convient de prendre en considération que ces tendances agressives sont bien présentes à l’intérieur de soi, au-delà de tout jugement moral de bien ou de mal. Dans un second temps, il faut repérer les conditions dans lesquelles elles se sont installées comme des recours possibles, face aux problèmes rencontrés. Dans cette phase de compréhension, il est possible de découvrir que ces voies de violence se sont mises en place à des époques, ou dans des situations où prédominait l’insuffisance ou l’immaturité des ressources personnelles. A partir de ces constats, d’autres possibilités peuvent apparaître, se développer et offrir des voies plus efficaces et pertinentes dans la recherche de satisfaction.

Si l’on transpose la situation du bucheron de la fable à notre époque, on peut déjà remarquer que le métier a grandement évolué et que les conditions de vie sociale sont différentes :

- Les difficultés du bucheron pourraient déjà faire l’objet d’un entretien avec l’assistante sociale,

- Les soucis financiers se débattre avec le banquier,

- les insuffisances de repos et de vacances faire l’objet de revendications syndicales ou de projets politiques.

- L’épuisement et la tendance dépressive s’exprimer dans une recherche de soins à l’égard du médecin et du psy.

- L’évolution professionnelle demanderait peut-être un complément de formation pour des projets de reconversion.

« D’un malheureux la peinture achevée » deviendrait, avec l’ensemble des propositions précédentes, le tableau de nouvelles perspectives et permettrait ainsi de songer à de nouvelles formes de satisfaction en ce monde.

 

 

 

INTERVENTION PSYCHOSOCIOLOGIQUE DANS UNE COMMUNAUTE DE COMMUNES

 

Demande d’intervention

 

Le directeur général des services de la Communauté de Communes, émet la demande de voir se résorber un conflit entre professionnels, générant de la souffrance sous forme d’arrêt maladie de l’un des agents.

Suite à deux entretiens préliminaires, il apparaît que si le conflit peut donner l’apparence d’une mésentente entre des personnes, le terreau de la discorde est plus complexe qu’il n’y paraît et touche directement la structure du travail, l’organisation et les comportements professionnels.

Une proposition d’intervention est alors élaborée, avec pour finalité l’amélioration du travail collectif au sein de la structure, en rendant lisibles et accessibles les forces de tensions actives qui ont oeuvré durant ces années à la constitution de la dynamique réelle du travail au sein des services de la Communauté de Communes. Pour ce faire l’intervention s’est échelonnée sur une période de six mois, pour un volume horaire effectif de 15 heures.

 

Objectifs de l’intervention

Le premier axe d’intervention, sous tendu par la demande initiale, est de traiter le conflit entre les professionnels de manière à restaurer tout à la fois les relations et le climat de travail au sein des services.

Le second axe est de rendre lisible la dynamique sous jacente qui active le conflit et peut, si elle est laissée en l’état, alimenter à tout moment d’autres conflits. Le troisième axe est de proposer des lignes d’évolution en référence au cadre de travail clairement défini. Ce troisième objectif peut se décliner en objectifs suivants :

a/ A l’égard du bureau de la communauté de communes

* Rendre compréhensible la demande d’élaboration des procédures d’évaluation, de validation, de suivi des projets (les étapes et les repères dans les commissions de la C.C.).

* Clarifier les réseaux de communication et de transmission d’informations entre les élus, le directeur, les agents.

* Identifier de manière opérationnelle les rôles et fonctions des agents et des niveaux de responsabilité (fiches de poste ; degré d’autonomie).

* S’extraire des fonctionnements initiaux et fondateurs pour intégrer la croissance de la structure et la nouvelle complexité.

b/ A l’égard du Directeur

* Améliorer la participation des agents à l’élaboration du travail collectif (demande de réunions d’échanges).

* Fournir des critères et repères précis dans les procédures de validation et d’évaluation des projets (entre les agents et le Directeur).

* Accompagner au quotidien la dynamique collective de travail, à travers les conseils et les régulations.

* Clarifier les fonctions et obligations de chacun dans les relations de travail.

* Faire évoluer les fonctions de direction, tant à l’égard des agents que des responsables de la communauté de communes.

* Ajuster les nouvelles organisations à l’évolution et à la croissance de la structure du travail d’ensemble.

* Mettre en valeur les forces d’initiatives et d’innovations des agents : lutter contre l’isolement et la perte d’énergie.

c/ A l’égard de l’équipe

* S’extraire des fonctionnements exclusivement affectifs pour faire émerger des comportements essentiellement professionnels.

* Articuler le travail d’équipe sur une organisation élaborée collectivement et actualisée fréquemment (planning de travail…).

* Exposer les difficultés et obstacles rencontrés dans la mise en forme et en œuvre des projets, à travers un cadre planifié.

* Communiquer les désaccords professionnels, source d’évolution dans des rencontres prévues à cet effet.

* Lutter contre les tendances au cloisonnement et au fractionnement des énergies dans le travail d’équipe.

* Rechercher de manière structurante les soutiens, accompagnements, reconnaissances du travail en cours de réalisation.

* Faire évoluer les habitudes anciennes ou inopérantes.

* Se dégager des tendances à privilégier les fonctionnements personnels au dépend des fonctionnements clairement établis collectivement.

 

Modalités de l’intervention

L’intervention s’est effectuée selon trois grandes modalités, chacune ayant comme objet une composante spécifique de la réalité des services.

La première modalité est constituée d’entretiens avec le directeur général et porte sur la mise en œuvre de l’intervention psychosociologique, le suivi et le questionnement relatif à l’évolution du cadre de travail des services de la C.C. La mise en œuvre de nouvelles formes de travail a accompagné l’intervention.

La deuxième modalité, constituée de rencontres avec tous les agents de la C.C, en l’absence des élus et du directeur, porte sur l’historique et le vécu des liens de travail ainsi que l’évolution des tensions dans la structure de travail. Sept rencontres ont eu lieu.

La troisième modalité est constituée d’un dispositif visant à traiter le conflit des agents(en leur présence). Sont présents : un représentant des élus, un médecin du travail et le directeur. Le médecin du travail est là pour rappeler la réalité de la souffrance et pour s’initier à cette pratique d’intervention. Le directeur et l’élu sont là pour rappeler les réalités professionnelles et réguler les liens de travail au regard des règles et des missions. L’intervenant est là pour canaliser les dérives pulsionnelles et permettre le dialogue raisonnable sans tentative de règlement de compte entre les agents.

L’essentiel du travail a porté sur la clarification des actes produits dans le service et en lien avec la vie personnelle. Il était également question de jugements de valeur.

Ce dispositif comprend également des écrits préalables de chacune des parties (chaque agent et le directeur) de manière à connaître à l’avance les thématiques qui allaient s’échanger et se régler. Ces documents ont été transmis à chacun avant la rencontre. Au moment de la rédaction de ce document, l’agent en souffrance se trouvait en arrêt maladie et a repris son travail depuis.

 

SYNTHESE DE L’INTERVENTION

1/ Historique de l’évolution de la structure vécue par les agents

a) Il convient avant d’aborder ce propos de rappeler que la Communauté de Communes est une structure administrative territoriale qui est de conception récente à la différence des mairies, des cantons ou des départements.

Ce regroupement de communes se présente, d’une certaine façon, comme une innovation qui n’a pas encore tous ses repères ou modèles. C’est une entité structurelle qui se découvre au fur et à mesure de son évolution et de sa réalisation. Elle ne peut s’appuyer vraiment sur des références historiques. Mais c’est une structure en pleine évolution, ce qui est remarquable dans le contexte administratif d’ensemble de l’état français actuel. La croissance de la structure est toujours à l’ordre du jour. Il est donc important de souligner que les agents ne souffrent pas d’une menace sur leur emploi comme d’autres catégories de fonctionnaires.

b) La C.C comprend à ce jour 17 agents avec le Directeur. Il n’en a pas toujours été ainsi. A l’époque (héroïque?) où la C.C était un « embryon », sans directeur et sans cadre précis, les professionnels étaient au nombre de 4, soit un tout petit groupe. La dynamique de travail, quasi familiale et bon enfant, reposait sur des liens affectifs qui débordaient largement le cadre du travail, se prolongeant au-delà des horaires stricts de travail (avec restaurants ou soirées).Les personnes avaient leur bureau dans un même lieu et n’éprouvaient aucune difficulté pour se rencontrer. Un état d’esprit de pionniers s’était constitué dans un contexte d’émergence d’une nouvelle structure : chacun était attentif à l’autre, les tensions entre les personnes pouvaient se discuter et se régler de manière informelle, les liens avec les élus n’étaient pas formalisés, cela se faisait à la demande, sans protocole ni procédure.

c) La croissance de la structure est venue bousculer tout cela, débordant l’agencement d’origine, étoffant l’équipe, enrichissant la diversité des actions mais de manière progressive.

Un directeur a été recruté (provenant de « l’extérieur »). Les locaux se sont scindés en deux, de nouveaux services et de nouveaux professionnels sont apparus. Des sous groupes se sont constitués, il a été possible de s’isoler, de s’éviter, de se critiquer. Il devenait de plus en plus difficile de travailler ensemble sans prévoir de planning (ex : les voitures de service).Il devenait de plus en plus difficile de travailler sans planification. La nécessité d’élaborer un cadre collectif de références communes s’avérait indispensable pour lutter contre la dispersion, l’incohérence et le morcellement.

Un accompagnement d’équipe était revendiqué. Un directeur qui contrôle, organise, dirige, était demandé. Le fonctionnement affectif , la bonne volonté de même que les bonnes intentions du départ n’étaient plus adaptés aux nouvelles réalités de la structure.

Mais voilà. L’état d’esprit initial du petit groupe, transformé en habitude de travail ne correspondait plus et ne pouvait plus faire face aux nouvelles réalités. Mais aucune proposition n’est venue suppléer le fonctionnement archaïque. Cet état d’esprit a cherché à se maintenir (sans vraiment s’expliciter), générant de plus en plus de malaises, de conflits, d’incompréhension.

La structure « souffrait » d’une croissance qu’elle n’avait pas pris le temps de regarder en face. Les attentes diffuses se sont alors focalisées sur le directeur (attentes qui ont été exprimées et communiquées par écrit en leur temps) poussant celui-ci dans un mode affectif-défensif ; la prégnance de son rôle était sollicitée, donnant de la vigueur à ses fonctions « de direction », à savoir : encadrer ; réguler ; animer ; délimiter ; conseiller ; planifier. Ces attentes sont toujours là. Mais lors de l’apparition de celles-ci, un conflit est apparu. Il représente la première vraie crise de croissance et d’identité professionnelle. Mais sa force d’innovation s’est trouvée masquée par une problématique affective narcissique, stérilisant la dynamique d’évolution.

Une deuxième grande crise , vécue également sur un mode affectif, est venue cristalliser et bloquer les aménagements possibles.

Quand une professionnelle s’est improvisée un rôle de coordinatrice-directrice en soutien au Directeur, l’équipe s’est chargée de sa «mise à mort symbolique» dans de multiples critiques. Professionnelle qui s’est mise à l’abri dans un retrait parental opportun. Les changements indispensables ne pouvaient se mettre en place par voie de fait dans une suppléance occulte.

Mais cette pratique du conflit aboutissant à un rejet d’un professionnel, a créé un traumatisme, source d’anxiété et de culpabilité (mais pas du tout analysé à l’époque).Chaque professionnel a commencé à redouter ce mode de fonctionnement affectif destructeur, ressentant la crainte de devenir la prochaine cible. Chacun a entrepris des alliances, des allégeances pour se protéger. Alors le professionnel « isolé » s’est trouvé en position de vulnérabilité dans cette dynamique (cette situation représente le contexte de la demande de l’intervention psycho sociologique).

2/ Les tensions d’évolution

Le fonctionnement archaïque, reposant sur les forces affectives diffuses, est venu ponctuer les conflits de croissance de la structure tout en les stérilisant.

Pour remettre l’énergie de ce fonctionnement archaïque dans les rails d’un fonctionnement collectif plus élaboré, dans un cadre de travail structuré et clairement repéré, il convient de mettre en lumière les propositions des agents, qui sont autant d’attentes nécessaires à l’amélioration du fonctionnement.

a) A l’égard du bureau de la Communauté de Communes

Il y a un mode de direction qui prête à confusion car il ne distingue pas, dans la collégiale de gouvernance de la C.C, les responsabilités des élus des responsabilités du Directeur. Ce défaut de distinction se vit au quotidien dans l’ambivalence du professionnel à l’égard de l’autorité. Soit la demande de travail provient directement de l’élu du bureau ou de la commission (dans ce cas le directeur se trouve shunté, ce qui le dévalorise auprès des agents) ; soit il y a une possibilité pour les agents d’entretenir une «guerre» des chefs, à travers laquelle ils peuvent se soustraire aux attentes auxquelles ils sont légitimement soumis(le professionnel choisit l’autorité à laquelle il donne priorité dans l’exécution de son travail).Il y a là remède à trouver. Ce mode de fonctionnement de l’autorité crée une impression d’éparpillement car il est multidirectionnel.

La commande des élus pour la production d’un projet est souvent dans un « temps de l’urgence ».Ce rythme de travail crée un stress qui entre en contradiction avec les réalités des professionnels. Ils ne sont pas des magiciens. De plus, quand le projet est élaboré, ils sont souvent dans l’ignorance de son devenir.

Il y a là des procédures à mettre en œuvre pour valider un projet et donner en retour des informations sur son acceptation pour sa réalisation. Ce retour semble faire parfois défaut.

La clarification des réseaux de communication et d’informations est relative aux deux problématiques évoquées précédemment. Dans la collégiale de la gouvernance de la C.C : qui passe commande d’un projet? Qui suit son élaboration ? Qui informe des décisions sur son devenir ? Sur sa réalisation ? Qui conseille ? Qui balise ? Qui guide ?

b) A l ’égard du Directeur (direction de services)

Il convient de différencier la direction des services de la direction de la Communauté de Communes qui est assurée par le bureau des élus. Il y a une forte demande des professionnels pour que le fonctionnement quotidien s’articule sur les responsabilités de la direction des services, afin d’éviter une dispersion et une répétition des comptes à rendre du travail effectué. Des demandes sont formulées pour avoir des rencontres hebdomadaires d’informations sur le suivi des projets ; ceci pour lutter contre le sentiment d’avoir recours au système D qui consiste à se débrouiller par soi-même et ensuite ne plus savoir ce que devient le projet proposé. Une demande d’accompagnement et de conseil est exprimée pour ne plus être «un pauvre agent solitaire qui doit se débrouiller par lui-même».

Dans les rencontres hebdomadaires, il convient d’aborder tous les problèmes d’organisation collective (planning de vacances, voitures…) ; les modes de communication nécessitent d’être plus francs ; les encouragements ou les valorisations méritent d’être formulés en retour de projets présentés ou du travail mené à terme ; le directeur doit être l’élément qui favorise les échanges dans les deux sens (élus vers professionnels et inversement).

Le directeur doit pouvoir intervenir également pour lever les paradoxes tels que : laisser un professionnel seul prendre des initiatives et ensuite le lui reprocher. Dans un autre cas de figure, pour lutter contre le sentiment d’être objet d’une injustice ou d’une discrimination, que des fiches de poste et des grilles d’évaluation soient élaborées lors des réunions hebdomadaires. Il y a une réelle attente envers la disponibilité du directeur face aux préoccupations des agents afin de répondre à leurs interrogations.

Les professionnels ressentent une carence dans la constitution de leur identité au sein des services de la C.C.

Un travail d’élaboration est nécessaire à entreprendre pour délimiter une identité professionnelle d’appartenance spécifique à cette structure.

c) A l’égard de l’équipe

L’équipe est bien consciente qu’elle ne peut pas tout attendre de la direction, en particulier sur le climat de travail, même si chacun se sent parfois un peu livré à lui-même. L’entente entre collègues repose sur des attentes mutuelles en lien avec une conscience professionnelle. Celle-ci demande une clarification de la déontologie des actes et attitudes professionnelles. Les problématiques professionnelles doivent être évoquées dans le cadre de réunions de service et non sous forme d’échanges informels dans les couloirs (la critique d’un collègue ne peut avoir lieu en son absence). Il est important que chacun contribue à véhiculer une bonne image des services dans ses liens avec les partenaires extérieurs. Il faut aussi fournir des repères précis pour délimiter ce qui est de l’ordre de « l’interne » et de « l’externe ».

La mise en valeur d’une pratique professionnelle ne peut se bâtir sur la dévalorisation de celle d’un collègue.

Il convient aussi que les professionnels soient vigilants à l’accueil du public et des professionnels extérieurs au service.

 

 

PRECOCITE ET SURDOUANCE

 

LA PRECOCITE

 

La précocité en psychologie est le fait d’être en avance dans son développement mental, de plusieurs années d’âge mental, au regard du même groupe d’âge réel. La précocité se dépiste quand l’enfant manifeste une curiosité et fait des acquisitions qui sont largement au-dessus de son groupe d’âge. La précocité s’évalue à l’aide des tests psychométriques qui mesurent le quotient intellectuel. La précocité est avérée quand le QI est à la fois homogène et supérieur à 130 aux échelles de Wechsler en particulier.

La précocité génère toutefois quelques problématiques qui ont été longtemps occultées. L’argumentaire de cette occultation reposait sur le préjugé qu’il ne fallait pas s’intéresser plus que cela aux enfants qui avaient déjà plus de moyens mentaux que les autres. L’inconvénient de cette position était que dans le milieu scolaire, les enfants à la fois s’ennuyaient et étaient soumis à un nivellement vers le bas, pour être en adéquation avec une réussite moyenne de quatre-vingt pour cent d’enfants de la classe d’âge. De plus, ils prenaient l’habitude de ne fournir aucun effort d’apprentissage, toutes les acquisitions leur paraissaient faciles, il leur suffisait simplement d’écouter pour savoir ce qu’ils ne savaient pas déjà.

Mais le principal inconvénient inhérent à la précocité est le décalage existant durant toute l’enfance, entre, d’une part, ses centres d’intérêts qui sont ceux d’un groupe d’âge plus élevé, et, d’autre part, le niveau de maturité physiologique et physique qui ne se distingue pas de ceux de son âge.

La stratégie assez courante, développée par nombre d’enfants précoces, et élaborée à leur initiative, consiste à se montrer discret, du moins dans le milieu scolaire, voire d’imiter leurs camarades, à la manière d’un camouflage afin de se préserver. On peut citer comme exemple le fait de s’abstenir de lever le doigt pour répondre à l’enseignant afin de ne pas avoir tout le temps la main levée et de laisser la possibilité aux autres de pouvoir répondre. Cette préservation leur permet d’avoir le champ libre, pour continuer à s’intéresser (même sous forme de rêverie durant les temps de classe) aux thématiques qui ont capté leur curiosité et sont dues uniquement à leur fantaisie. Cette stratégie permet également, du moins dans les activités physiques collectives de récréation, de rester parmi leurs pairs.

La souffrance des enfants précoces peut avoir plusieurs origines. Il y a des enfants précoces qui, dans un milieu de vie défavorisé, vont mettre leurs aptitudes au service de la famille, pour les prendre en charge et se désintéresser de la vie scolaire.

Il y a des enfants qui subissent des pressions à la manière d’un stress, parce qu’ils sont considérés et vécus comme insupportables, tout leur entourage vivant mal leurs grandes facilités.

Il y a aussi l’hétérogénéité dans la précocité. Le développement psychologique est précoce, mais seulement dans un secteur, comme par exemple la mémoire, mais au dépend du raisonnement. Ou bien encore pour le goût de la lecture, ou de la musique, ou des langues, ou des mathématiques, mais dans l’exclusion des autres centres d’intérêt, à la manière d’une passion monomaniaque.

Il y a aussi les faux précoces, mais poussés à le devenir par des parents désireux de donner une bonne image de marque !

Faut-il pour autant extraire ces enfants de leur tissu social et familial pour leur proposer un regroupement entre eux, dans un cadre de vie stimulant mais artificiel, encadré par des personnes idéologiquement intéressées par la constitution et le contrôle d’une élite ?

La diversité des situations ne permet pas un positionnement catégorique. En se référant à la démarche clinique, il convient de mettre en place une approche au cas par cas, surtout quand la souffrance se manifeste. Mais le principal est de prendre le temps d’accueillir l’enfant et de lui permettre de verbaliser ses attentes et ses souhaits.

 

LA SURDOUANCE

 

La surdouance est différente de la précocité dans la mesure où elle signifie qu’une personne possède des moyens psychologiques supérieurs aux autres, une fois l’enfance traversée. La surdouance est un constat qui peut s’établir par une mesure du quotient intellectuel supérieur à 145 dans les échelles de Wechsler, mais elle est surtout en relation avec la qualité des productions.

L’aisance, la facilité, la rapidité, et le niveau des difficultés surmontées sont les indices d’une surdouance.

La souffrance liée à la surdouance émerge quand les talents ne peuvent pas se réaliser ou bien sont mis fréquemment en échec. Le sentiment pénible de vivre de manière étriquée créée un tourment permanent. Cette amertume se diffuse en générant également la conviction d’être incompris.

Cette spirale de souffrance est attribuée au constat d’être différent, mais aussi d’être en permanence diminué, amputé. Un sentiment de haine se développe, dirigé vers toutes les formes de médiocrité. La dépression vient se greffer à cet ensemble quand le désespoir prend le dessus.

La consultation psy est nécessaire mais elle est souvent rejetée ou ignorée car, pour se faire, il faudrait s’avouer qu’être aidé s’impose. Mais avoir le besoin de l’autre est considéré comme une faiblesse car contraire au fait d’être d’une certaine manière, différent et supérieur aux autres. C’est le piège dans lequel s’enferme souvent le surdoué tourmenté. Il ne peut attendre l’aide des autres, car il leur attribue les causes de ses tourments et amputations. Alors, il se condamne à une fuite en avant, où son existence prend les formes d’un désastre.

 

 

A PROPOS DES PEURS

 

Tout être humain possède en lui un système d’alerte qui se déclenche quand un signal de danger se manifeste. Ce système, n’est pas, sans cesse, sous le contrôle de la vie consciente.

Il fonctionne dans un premier temps de manière instinctive. Ce système d’alerte déclenche un ressenti pénible, à savoir la peur, dont le but et le rôle vont être de se protéger ou d’éviter le danger. Mais ce système comporte plusieurs niveaux d’alerte, selon l’intensité, l’imminence, le degré de réalité, la capacité de faire face à ce danger.

L’appréhension est un état d’alerte à minima, dont la menace est imprécise, diffuse. La durée de cette sensation est assez courte. Elle se dissipe assez facilement.

La frayeur est une peur soudaine, intense, provoquée par une stimulation réelle, mais qui disparait tout aussi rapidement.

L’inquiétude possède les caractéristiques de l’appréhension, mais elle est plus intense, dure beaucoup plus longtemps, et à tendance à persister et se répéter.

La crainte est une inquiétude qui se rattache durablement a une réalité redoutée, car menaçante, qu’il faut à tout prix éviter.

L’anxiété est une très vive inquiétude qui provient de la sensation d’être dans un état permanent d’insécurité, ou le danger extrême de destruction peut surgir de manière totalement imprévisible. L’insécurité s’accompagne du sentiment d’être totalement impuissant. Dans l’anxiété toutefois, le malaise reste cantonné à la vie mentale. Il n’y a pas de manifestation corporelle.

L’angoisse est la sensation très pénible et oppressante qui survient quand on imagine que l’on est en train de mourir ou que l’on va périr très prochainement. L’angoisse est pleinement envahissante tout en étant incompréhensible. On se sent totalement démuni et impuissant. L’angoisse a cette particularité de pouvoir être suscitée par des réminiscences d’une situation profondément traumatique mais refoulée, inaccessible à l’état de conscience. Des manifestations somatiques sont déclenchées, telles que des constrictions œsophagiques, des tachycardies, tremblements, hypersudation, spasmes intestinaux, etc…

La phobie est la brusque irruption d’angoisse, provoquée par des stimulations (objets, personnes, situations) qui ne présentent en eux-mêmes aucun caractère de danger. Il y a une conscience du caractère totalement déraisonnable de cette réaction. A ce niveau, le système instinctif d’alerte face à un danger est totalement déréglé.

La terreur est une réaction extrême de peur face à une subite irruption de violence de grande intensité qui rend incapable de réagir pouvant entraîner un brusque décès.

L'épouvante est une terreur soudaine qui provient d'une réalité familière transformée brutalement en un redoutable danger.

La panique est un état de terreur qui suscite des réactions complètement irrationnelles dans lesquelles les personnes viennent elles-mêmes à se mettre en danger.

Dans la terreur, l’épouvante, la panique, le système d’alerte est neutralisé par la soudaineté imprévisible et la violence du danger réel. L’émergence d’une protection efficace face à ce danger n’est pas possible. Ce sont des situations qui signent un état mental traumatique.

Les aides psychothérapiques à apporter à l’angoisse, l’anxiété, la phobie, d’une part, et les traumatismes d’autre part sont quelque peu différentes. Dans le premier cas de figure, c’est l’intensité des peurs en l’absence de cause réelle qui est problématique. Les conséquences sont des incapacités à agir, des tendances à fuir, des difficultés à être en confiance. Dans le deuxième cas de figure, c’est l’intensité douloureuse du vécu qui déborde le fonctionnement mental et va provoquer progressivement, après coup, quand l'état de sidération est passé, des peurs irrationnelles.